De vous à moi et vice-versa

18. févr., 2021

 

 

J’ai lu un article qui mérite une réponse. Et dans ce cas précis, je ne vois pas mieux que de présenter mon expérience personnelle !

 

Je pratique mon job de vélo taxi sous le statut d’auto entrepreneur. Un statut qui présente des avantages et des inconvénients, mais qui, au final, me convient plutôt bien. Et je dois avouer, en tant qu’ex salarié (parfois) et ex intérimaire(souvent), qu’il me fait vivre une expérience intéressante.

Cependant, comme beaucoup d’autres activités, j’ai subi la vague « Covid » de plein fouet. Après le premier confinement, l’activité n’est jamais vraiment repartie et l’été dernier, sans être désastreux, n’a pas été à la hauteur des précédents. Conclusion : un travail d’appoint était, pour continuer, probablement incontournable. 

Sentant le vent venir, je me suis rapidement inscrit chez Uber Eats, comme beaucoup d’autres.

Et effectivement, l’automne a montré que le chiffre seul du vélo taxi n’était pas suffisant pour payer les factures... la solution qui consiste à livrer des repas à domicile s’est révélée idéale.

  1. Elle préserve mon intégrité vis à vis de l’état ( il eut été simple de tordre un peu les comptes pour avoir droit au fonds de solidarité !...)
  2. Elle me permet de continuer mon travail principal. En effet, ce dernier est en dents de scie. Lorsque j’ai accompli une grosse journée et que le chiffre est suffisant, un contrat salarié m’obligerait à me rendre à mon job d’appoint malgré tout ! Tandis que cette formule me permet de gérer correctement la fatigue. 
  3. Elle me permet de ne pas empiéter sur mes valeurs : le vélo est un mode de transport sain, écolo et peu coûteux en frais. Je dois dire que je me sens physiquement en forme... Il suffit de passer d’un « 3 roues » à un « 2 roues » quand il le faut.
  4. Je ne quémande pas ma survie auprès d’un gouvernement avec lequel je ne me sens pas en phase. Je conserve mon indépendance (y compris vis à vis d’uber), qui est une autre de mes valeurs phares.

 

Bref, j’ai stabilisé ma situation en douceur, sans jeter ni mon vélo taxi, ni mes idéaux aux orties.

 

Et voilà que j’apprends dans le journal Marianne (journal que j’apprécie souvent, par ailleurs) que mes collègues et moi-même sommes, non pas des « livreurs à vélo » ni même des "coursiers" mais des « forçats », des « pauvres bougres » (cf les commentaires sous l’article paru sur Facebook), voire des « esclaves » !

Le raisonnement de Natacha Polony, auteure de l’éditorial a pour but de mettre en cause les bénéfices engrangés par cette plateforme. 

 

Soit.

 

Certes, Ce système n’est pas parfait et Coluche aurait pu dire d’Uber « qu’ils sont arrivés premiers dans un concours de circonstances. »

Certes, les restaurateurs se voient amputer d’une commission de 30% (selon mes propres sources) sur leurs ventes.

Certes, le livreur ne réussit que s’il est bosseur.

Certes, la répartition des bénéfices est disproportionnée.

 

Mais la méthode pour le dénoncer est douteuse. Elle fait ressortir, au mieux un apitoiement mal venu, au pire une condescendance incroyable pour les livreurs.

 

Quand au client, c’est la sévérité qui lui est destinée en filigrane. 

Certes, on pourrait considérer qu’il y a de la paresse dans ce comportement. Mais ce serait oublier les nombreux cas où l’on se retrouve coincé, en raison du couvre feu. Ce serait oublier aussi que, même sans excuses valables, on peut être plongé dans une détresse psychologique due à la période traversée . Perso, quand je déprime, je n’ai pas forcément envie de faire le repas et la vaisselle... C’est Marianne (ce journal lui même !) qui souligne cette détresse dans cet article : https://www.marianne.net/societe/anxiete-depression-stress-l-onu-alerte-sur-les-detresses-psychologiques-post-confinement

 

Bref, ces qualificatifs dont on nous affuble sont aussi déplacés que si je disais que « Marianne » fait désormais dans un sorte de Trumpisme soft.

Je ne prétend pas parler pour tous mes confrères. En revanche, je suis sûr de ne pas être le seul à penser ainsi.

 

Il est vrai que le cœur de notre époque balance entre deux extrêmes : la victimisation et la culpabilisation. Dans l’art de passer de l’un à l’autre, certains excellent. Dans celui de la prétérition aussi.

 

Le misérabilisme n’est pas une méthode qui a fait ses preuves pour lutter contre le capitalisme débridé. Il est aujourd’hui utilisé à tour de bras, sans pour autant que les Bezos, Musk et compagnie ne renoncent à leur fortune démesurée, ni à leur folie des grandeur.

 

Quelle méthode utiliser, me direz vous ?

Je dois dire que je n’en connais pas. Pas plus que de système fiable et éprouvé qui pourrait remplacer ce système capitaliste défaillant.

Mais n’est ce pas le rôle des intellectuels que de travailler dessus ? Pourquoi demander ça à un travailleur considéré comme un forçat ?

 

 

 

11. janv., 2021

Aujourd'hui, j'ai envie de mettre mon grain d'sel (ma goutte de citron serait peut-être une expression plus appropriée) dans une affaire qui a fait, et fait encore, beaucoup de bruit.

 

 

 

J’ai été très intrigué (mais non pas surpris) de la polémique qui est née autour du professeur Raoult. Les débats qui revêtent cette ampleur sont légions. Une chose les caractérise : ils sont de nature politique. Scandales en tous genre, procès très médiatisés, etc.

 

 

Ce "débat" (ou faut-il dire "cette affaire" ?) n’échappe pas à la règle.

 

Le professeur Raoult est un grand médecin, bardé de diplômes. Il a peut-être eu une intuition avec ce médicament qu’il préconise. Et il a raison de se battre pour défendre son hypothèse.

Mais dans cette affaire, plusieurs choses sont gênantes.

 

Il y a d’abord ceux qui le suivent aveuglément. A les entendre, le problème est résolu : l’hydroxychloroquine est le remède miracle, il n’y a qu’à l’appliquer et basta ! Tous les autres chercheurs ne sont que des incapables ou des monstres avides de s’accaparer un marché très juteux. Pour certains, il est même l’homme de l’année !

Une chose tombe sous le sens : si certains sont devenus de tels aficionados, ce n’est pas parce que le remède est un succès total (il semblerait que ce ne soit pas tout a fait le cas). C’est l’attitude politique du personnage, en opposition avec le gouvernement et les lobbys qui a produit cet effet. Il faut reconnaître qu’il a du charisme et qu’il passe plutôt bien, médiatiquement parlant. Mais bien qu’il s’en défende, son discours est politique et il se présente, finalement, comme un leader « d’opposition ».

Cependant, il parle beaucoup trop. De ce fait, il se contredit, fait de fausses prédictions… Quand on sait, de surcroît, qu’il est climato-sceptique...

 

Que les choses soient claires : d’un point de vue purement subjectif et vue globalement, la gestion de la crise par le gouvernement a été catastrophique. Manque d’anticipation, manque de moyens, fiascos des opérations, discours et décisions incohérentes, et j’en passe… A la décharge de nos gouvernants, il faut gérer une situation inédite et ils ne sont pas les seuls à s'être fait "déborder" par la crise sanitaire.

 

Au fond, le personnage Raoult est symptomatique d’un autre mal. Beaucoup plus profond et, justement, très politique. Celui de la crise qui perdure entre le peuple et les castes dirigeantes. Elle ne date pas d’hier, Jacques Chirac l’appelait « la fracture sociale ». Un constat qui semble presque banal et qui prend, parfois, des allures de guerre de tranchées… : 18 mois de gilets jaunes, bel exemple de tranchées modernes et politiques !

 

 

Quoi qu’il en soit, et pour en revenir au sujet de la santé, il est toujours préférable de prévenir, pour éviter d’avoir à guérir. La meilleure méthode étant d’adopter (outre les gestes protecteurs) une hygiène de vie adéquate à sa constitution, et une alimentation saine et équilibrée.

Pas toujours facile, lorsque l’on est contraint au confinement. Beaucoup ont malheureusement pris du poids (j’en fais partie…) Mais justement ! Le surpoids étant un facteur de risque, une étude espagnole récente pourrait s’avérer intéressante à tous ceux qui ne l’ont pas encore attrapé.

 

Retrouvez ici le lien vers la page internet qui en parle. On soupçonnait déjà la vitamine D d’avoir des effets bénéfiques sur le système immunitaire. Il semblerait, dès lors, que le zinc puisse jouer son rôle également. Attention, il n’évite pas d’attraper le virus ! En revanche, l’étude porte sur le taux de zinc chez les patients atteints : une carence est relevée chez les personnes décédées, tandis que ceux qui en guérissent correctement présentent un taux suffisant.

Cet oligo-élément, qui joue un rôle protecteur pour la peau, les cheveux (entre autres bienfaits) est présent dans les fruits de mer, et en quantité dans les huîtres ! Il est présent également dans les abats. Il est à noter, au passage, (voir ici) que les protéines animales sont nécessaires à son assimilation par l’organisme : tout comme le soleil le fait pour la vitamine D.

Par conséquent, s’il faut manger des huîtres, des fruits de mer et des abats pour lutter contre le virus, je veux bien être cobaye ! Et, en admettant que les chercheurs se soient trompés, il y aura la consolation d’avoir profité de bons plats, avant d’avoir été terrassé !

 

 

 

16. août, 2020

C'est un très grand plaisir de constater que le site a dépassé les 50 000 visites. Merci à vous tous de cet intérêt que vous lui portez !

Il s'est enrichit récemment de quelques articles, mais la période d'après Covid n'est pas simple. Il m'a donc fallu suivre le bon vieux principe d'Einstein, qui disait (sauf erreur de ma part) que "la vie, c'est comme la bicyclette : si on n'avance pas, on tombe."

J'ai donc choisi d'avancer en proposant plus de visites guidées et en utilisant la réservation internet. La ville de Lyon permet beaucoup de sujets, mais la gastronomie y est incontournable. La prochaine étape devrait être, à court ou moyen terme, un parcours des églises les plus fameuses : il y a aussi beaucoup à dire sur ce sujet.

En attendant, Le chef MOF Joseph Viola m'a fait le privilège et l'honneur de m'accueillir dans un partenariat pour faire les dégustations d'un parcours qui mènera des Halles de l'Hôtel Dieu jusqu'aux Halles Paul Bocuse, en passant par une foule d'endroit emblêmatiques.

Le travail est accompli : la plateforme de réservation est accessible à plusieurs endroits du site. Pour les gourmets, je rappelle le lien ici :

https://www.ledauphain.bookme.nc/fr/accueil

N'hésitez pas à l'ouvrir et à le visiter !

17. mai, 2020

Le billet précédent aborde un sujet tellement vaste, que j’ai ressenti la nécessité de rebondir dessus. Au fond, si on ramène à l’essentiel, il s’agit du futur, qui est forcément un sujet d’inquiétude, de débat et de polémique. J’ai essayé de le faire sentir avec cette conclusion, sans doute un peu trop hâtive. A ma décharge, je dois dire que ce n’est pas ma spécialité : un historien a plutôt tendance à regarder en arrière qu’en avant.

 

Cela dit, l’histoire doit aussi servir d’enseignement pour le futur, dans la mesure du possible. Même si on sait qu’il est très rare qu’elle se répète, elle contient toujours des éléments qui peuvent être instructifs pour l’avenir.

 

Etienne Klein possède une maestria pour mettre ces éléments en exergue. Est-il encore nécessaire de le présenter ? Il est physicien, Docteur en philosophie des sciences, expert en physique des particules… Il est aussi un conférencier et un vulgarisateur hors pair : ses discours sont toujours au coeur du sujet, tout en restant parfaitement accessible.

 

Aujourd’hui, je vais donc servir de relai et m’effacer devant lui pour aborder le sujet du futur, car il le fait bien mieux que moi. La vidéo que je propose est une de ses conférences, datée de 2017. Il y soulève nombre de questions fondamentales, voire cruciales. Au point que je crois bon de la porter à la connaissance des lecteurs de ce blog.

 

Si vous avez été intéressé par mon billet intitulé De la science au complotisme délirant (octobre 2017, un peu plus bas dans cette même rubrique), vous le serez forcément par le contenu de cette conférence.

 

Pour vous mettre l’eau à la bouche, il introduit sa conférence en faisant un constat : celui qu’entre 2007 et 2012, un mot a complètement disparu de la campagne électorale. Le mot "progrès". En 2007, il a été prononcé par tous les candidats, qui le revendiquaient de façon plus ou moins forte. En 2012, il a totalement disparu des discours et a été remplacé par le mot « innovation ».

Or, ces deux mots n’ont pas le même sens...

 

Pour regarder la vidéo, cliquer ici

 

 

(crédit photo : wikipedia)

10. mai, 2020

Une connaissance a récemment porté à mon attention un extrait de vidéo, dans lequel Gilles Deleuze (1925/1995) exprime un avis sur l'art et le rapport qu'il peut y avoir avec les sociétés de contrôle.

Je vous livre les réflexions que cette vidéo a fait naître en moi.

 

Je ne connais Deleuze qu’à travers Michel Onfray : il le cite souvent, c’est une de ses références. Onfray est un philosophe très prolifique. Ses travaux sont d’une richesse incroyable. Il déconstruit, apporte des éléments nouveaux sur les sujets, met à jour des aspects qui sont restés dans l’ombre. Je le trouve un peu moins attractif, cependant, depuis quelques temps déjà : depuis que j’ai perçu chez lui, (sous tout le reste) un je-ne-sais-quoi, une amertume qui ressemble à une forme de rancoeur après je-ne-sais-qui. Ce trait de caractère sous-jacent, palpable pour tous ceux qui l’écoutent, lui fait malheureusement perdre, selon moi, un peu de crédibilité.

 

C’est un peu la même chose que je ressens en écoutant ce discours de Deleuze. Il y a beaucoup de profondeur dans ce qu’il dit et j’adhère totalement au fait que l’oeuvre d’art possède un lien étroit avec un acte de résistance. Cependant, il me semble que son analyse omet plusieurs aspects. Je trouve un peu réducteur le fait de ramener la communication à la seule transmission d’information – à moins de le prendre au sens scientifique du terme. Mais dans ce cas, l’art est concerné au même titre que le reste.

 

Il existe plusieurs degrés de communication. Au moins deux : celui qu’on utilise quotidiennement pour échanger avec son entourage et celui qui est utilisé pour parler à la masse. Entre les deux, on doit pouvoir en trouver d’autres, mais je vais m'en tenir à ces deux-là.

Dans le premier degré, il n’y a pas que l’information qui circule. Il y a (outre des banalités) des émotions. Affection, offuscation, humour, étonnement, etc.

Le second degré est plutôt dénué d’émotion. Ce ne sont pas des émotions pures qui circulent à travers la presse, la publicité, les différents « communiqués » émanant des autorités. Tout au plus peut-on dire que ces informations servent souvent à générer de l’émotion et c’est en ce sens qu’il y a une tentative de contrôle.

Or, Qu’est-ce que l’art ? Il y a sans doute plusieurs définitions existantes. Celle qui emporte le mieux mon adhésion : les arts sont des supports qui véhiculent de l’émotion pure. Un artiste est quelqu’un qui restitue, qui exprime une émotion. Il en offre une représentation, une matérialisation. L’acte de rébellion contenu implicitement dans l’art est celui de résister aux émotions qu’on veut nous faire ressentir, pour que d’autres en émergent, de façon autonome. Tous les artistes sont dotés d’une forte personnalité, en plus du talent qui leur est propre. De ce point de vue, l’art fait donc partie intégrante de la communication, en transmettant de l’émotion. A l’échelle de la société, c’est son rôle. Cet aspect demanderait, d’ailleurs, à être développé.

En tout cas, il me semble négligé dans le discours de Deleuze, ce qui le ternit un peu. Car alors, ce n’est plus une analyse objective, mais orientée.

 

Tout humain évolue et je n’ai pas suivi l’évolution de Michel Onfray (il faudrait y consacrer une vie !). Je ne sais donc pas où il en est avec ce constat aujourd’hui.

En ce qui me concerne, ma propre évolution personnelle va vers un dépouillement, de plus en plus accentué, dans ma façon d’observer les choses et événements : la politique, autrefois très partisane, s’efface de plus en plus en moi, au profit d’un regard que j’essaie de rendre plus objectif, plus global. Cela reste de la politique, dans son acception la plus pure.

Dans cette optique, je remet systématiquement ce que je lis/écoute en question, car je considère que la vraie liberté commence par la liberté de penser. Ce qui me fait voir les travers, même chez ceux avec lesquels j’ai le plus d’affinités : les philosophes comme Onfray et Deleuze sont intéressants et utiles, mais ils ont leur faille aussi. Et parfois, j’en arrive à penser que ces failles en eux-même (frustration, rancœur ou autre ?) sont la source de cette contestation qui est leur trait de caractère. Ce qui la décrédibilise un peu.

A toujours dénoncer ce qui vient "d’en haut", à toujours le rejeter, ils y perdent forcément en crédit.

 

Ce qui amène à une autre question, un autre débat : en admettant que l’humanité atteigne un jour une société parfaite :

1) Que serait-elle ? Est-ce vraiment envisageable ? Comment le saurait-on ?

2) Ils donnent parfois l’impression qu’ils la contesteraient encore : Deleuze décrit la société de contrôle comme une société sans « enfermement » (école, prison, etc.) Mais si on prend ces propos à rebrousse-poils, (comme ils le font tous deux systématiquement) : est-ce qu’on ne s’approcherait pas là d’une société « idéale » ? Une société où la liberté serait maximale, mais où ceux qui gouvernent auraient cependant besoin d’outils et utiliseraient la technologie pour le faire ?

Cela impliquerait-il forcément une société semblable à celles décrites par Huxley ou Orwell ? Leur œuvre, éminemment respectable, doit servir d’avertissement et de contre-exemples. Elles sont devenues des références auxquelles on pense, dès que ce genre de sujet est abordé. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse ; en faire des repoussoirs ou des épouvantails pour refuser le futur.

3) La communication se réduit, selon lui, à « un mot d’ordre, qui dit ce qu’ils veulent que l’on croit ». En parcourant les réseaux sociaux aujourd’hui, je n’ai pas le sentiment que c’est une pleine réussite pour ceux qui nous gouvernent… Personne n’est dupe et ça ne date pas de la pandémie ! En revanche, tout le monde n'aurait-il pas tendance à penser que son voisin l’est ?!…

 

(crédit photo wikipedia)