16. avr., 2019

Amertume

 

Notre-Dame : une icône brûlée, le pays défiguré.

 

Les amoureux du patrimoine sont en deuil, les amoureux de leur pays pleurent. Les lyriques épanchent leur mal-être avec de l’encre virtuelle. Les puritains donnent des leçons, les revanchards réclament des responsables, voire des coupables, bref des têtes. Des hommes d’affaire se frottent probablement déjà les mains en songeant aux touristes qu’ils vont récupérer chez eux, ou aux travaux qui auront lieu.

 

Ce monument présentait nombre de caractéristiques extraordinaires. L’une d’elle était qu’on pouvait la connaître sans l’avoir visité. Qui n’en a jamais – au moins ! - entendu parler ?

C’est mon cas : à chaque fois que je montais à Paris, l’affluence me rebutait et je reportais à la fois suivante… Il va sans dire que je le regrette amèrement aujourd’hui. C’est une piètre consolation de se dire que je ne suis probablement pas le seul… Mais comment aurait-on pu prévoir un tel désastre ?

Car même reconstruite à l’identique, ne nous leurrons pas : ce ne sera plus tout à fait la même. Construction et restauration sont deux choses différentes. Sans parler du fait que ces pierres ont « vu » passer devant elle des générations de parisiens depuis plus de 850 ans. Selon la façon de compter (20 ou 25 ans par génération), cela nous donne entre 34 et 43 générations qui sont venus se recueillir entre ses pierres, les contempler, les admirer…

 

Nous avons un président qui souhaite gouverner le pays façon décideur/hightech/disruptif. La politique classique est vraiment so boring.

Il y a là, pourtant, matière à un véritable grand débat, avec un vrai sujet. Il a lieu, d’ores et déjà, sur le net, de façon très active : faut-il ou non la reconstruire ? Le pays est sensé manquer d’argent, au point que l’on ponctionne les personnes âgées sur leur retraite, que l’on vend des entreprises nationales, que l’on organise un loto du patrimoine !… Pour avoir la confirmation, à peine l’incendie éteint, qu’il y a bel et bien de l’argent pour restaurer.

Quant il s’agit d’expliquer ma vision du fonctionnement démocratique, j’aime assez faire un parallèle (audacieux mais explicite) avec le fonctionnement d’une association loi 1901 : tout le monde s’assoit autour d’une table, présente ses arguments. Et, à la fin du débat, il y a vote pour prendre une décision. En cas d’égalité, la voix du Président (rappelons qu’un président sert à présider, et que, si l’on souhaite en changer, il faudrait commencer par revoir des textes fondateurs) est déterminante. Seulement dans ce cas.