10. mai, 2020

Réflexions autour de l'art et des sociétés des contrôle

Une connaissance a récemment porté à mon attention un extrait de vidéo, dans lequel Gilles Deleuze (1925/1995) exprime un avis sur l'art et le rapport qu'il peut y avoir avec les sociétés de contrôle.

Je vous livre les réflexions que cette vidéo a fait naître en moi.

 

Je ne connais Deleuze qu’à travers Michel Onfray : il le cite souvent, c’est une de ses références. Onfray est un philosophe très prolifique. Ses travaux sont d’une richesse incroyable. Il déconstruit, apporte des éléments nouveaux sur les sujets, met à jour des aspects qui sont restés dans l’ombre. Je le trouve un peu moins attractif, cependant, depuis quelques temps déjà : depuis que j’ai perçu chez lui, (sous tout le reste) un je-ne-sais-quoi, une amertume qui ressemble à une forme de rancoeur après je-ne-sais-qui. Ce trait de caractère sous-jacent, palpable pour tous ceux qui l’écoutent, lui fait malheureusement perdre, selon moi, un peu de crédibilité.

 

C’est un peu la même chose que je ressens en écoutant ce discours de Deleuze. Il y a beaucoup de profondeur dans ce qu’il dit et j’adhère totalement au fait que l’oeuvre d’art possède un lien étroit avec un acte de résistance. Cependant, il me semble que son analyse omet plusieurs aspects. Je trouve un peu réducteur le fait de ramener la communication à la seule transmission d’information – à moins de le prendre au sens scientifique du terme. Mais dans ce cas, l’art est concerné au même titre que le reste.

 

Il existe plusieurs degrés de communication. Au moins deux : celui qu’on utilise quotidiennement pour échanger avec son entourage et celui qui est utilisé pour parler à la masse. Entre les deux, on doit pouvoir en trouver d’autres, mais je vais m'en tenir à ces deux-là.

Dans le premier degré, il n’y a pas que l’information qui circule. Il y a (outre des banalités) des émotions. Affection, offuscation, humour, étonnement, etc.

Le second degré est plutôt dénué d’émotion. Ce ne sont pas des émotions pures qui circulent à travers la presse, la publicité, les différents « communiqués » émanant des autorités. Tout au plus peut-on dire que ces informations servent souvent à générer de l’émotion et c’est en ce sens qu’il y a une tentative de contrôle.

Or, Qu’est-ce que l’art ? Il y a sans doute plusieurs définitions existantes. Celle qui emporte le mieux mon adhésion : les arts sont des supports qui véhiculent de l’émotion pure. Un artiste est quelqu’un qui restitue, qui exprime une émotion. Il en offre une représentation, une matérialisation. L’acte de rébellion contenu implicitement dans l’art est celui de résister aux émotions qu’on veut nous faire ressentir, pour que d’autres en émergent, de façon autonome. Tous les artistes sont dotés d’une forte personnalité, en plus du talent qui leur est propre. De ce point de vue, l’art fait donc partie intégrante de la communication, en transmettant de l’émotion. A l’échelle de la société, c’est son rôle. Cet aspect demanderait, d’ailleurs, à être développé.

En tout cas, il me semble négligé dans le discours de Deleuze, ce qui le ternit un peu. Car alors, ce n’est plus une analyse objective, mais orientée.

 

Tout humain évolue et je n’ai pas suivi l’évolution de Michel Onfray (il faudrait y consacrer une vie !). Je ne sais donc pas où il en est avec ce constat aujourd’hui.

En ce qui me concerne, ma propre évolution personnelle va vers un dépouillement, de plus en plus accentué, dans ma façon d’observer les choses et événements : la politique, autrefois très partisane, s’efface de plus en plus en moi, au profit d’un regard que j’essaie de rendre plus objectif, plus global. Cela reste de la politique, dans son acception la plus pure.

Dans cette optique, je remet systématiquement ce que je lis/écoute en question, car je considère que la vraie liberté commence par la liberté de penser. Ce qui me fait voir les travers, même chez ceux avec lesquels j’ai le plus d’affinités : les philosophes comme Onfray et Deleuze sont intéressants et utiles, mais ils ont leur faille aussi. Et parfois, j’en arrive à penser que ces failles en eux-même (frustration, rancœur ou autre ?) sont la source de cette contestation qui est leur trait de caractère. Ce qui la décrédibilise un peu.

A toujours dénoncer ce qui vient "d’en haut", à toujours le rejeter, ils y perdent forcément en crédit.

 

Ce qui amène à une autre question, un autre débat : en admettant que l’humanité atteigne un jour une société parfaite :

1) Que serait-elle ? Est-ce vraiment envisageable ? Comment le saurait-on ?

2) Ils donnent parfois l’impression qu’ils la contesteraient encore : Deleuze décrit la société de contrôle comme une société sans « enfermement » (école, prison, etc.) Mais si on prend ces propos à rebrousse-poils, (comme ils le font tous deux systématiquement) : est-ce qu’on ne s’approcherait pas là d’une société « idéale » ? Une société où la liberté serait maximale, mais où ceux qui gouvernent auraient cependant besoin d’outils et utiliseraient la technologie pour le faire ?

Cela impliquerait-il forcément une société semblable à celles décrites par Huxley ou Orwell ? Leur œuvre, éminemment respectable, doit servir d’avertissement et de contre-exemples. Elles sont devenues des références auxquelles on pense, dès que ce genre de sujet est abordé. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse ; en faire des repoussoirs ou des épouvantails pour refuser le futur.

3) La communication se réduit, selon lui, à « un mot d’ordre, qui dit ce qu’ils veulent que l’on croit ». En parcourant les réseaux sociaux aujourd’hui, je n’ai pas le sentiment que c’est une pleine réussite pour ceux qui nous gouvernent… Personne n’est dupe et ça ne date pas de la pandémie ! En revanche, tout le monde n'aurait-il pas tendance à penser que son voisin l’est ?!…

 

(crédit photo wikipedia)